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11 mars 2019

CHRISTIAN CAILLÉ " LA TRANSFORMATION DE DELTA MECA EN SCOP EST NÉE D'UNE VOLONTÉ D'ENTREPRENDRE AUTREMENT"

Le 25 février 2019, le territoire nantais a été labellisé French Impact. Cette labellisation, portée collectivement par Les Ecossolies, Coopérer pour entreprendre Pays de la Loire, Envie 44, France Active Pays de la Loire, L’Union régionale des Scop de l’Ouest, marque la reconnaissance nationale de la structuration de l’écosytème ESS sur notre territoire.

Nous partageons le témoignage de Christian Caillé, co-dirigeant de Delta Meca, entreprise experte dans l’usinage de pièces unitaires urgentes et techniques basée à Couëron et première Scop d’amorçage. Il témoigne de la pertinence du modèle Scop pour le développement d’une entreprise : pour concilier performance économique et gouvernance démocratique.

Quelle est l’histoire de Delta Meca ?

Mireille Breheret et moi avons créé Delta Meca en 2008, en SARL. Le début de Delta Meca c’est l’histoire d’une structure commerciale lancée selon le modèle de l’économie libérale. Mais dès la création, nous nous étions déjà engagés auprès des salariés : ils pourraient devenir actionnaires dans les cinq années. Nous avons donc monté et consolidé l’activité. Nous voulions d’abord faire de Delta Meca une entreprise reconnue par ses pairs dans le secteur industriel.

Comment avez-vous choisi la Scop ?

En 2014, nous avons participé à une chaire RSE (responsabilité sociétale des entreprises) à l’école des Mines. Nous nous sommes acculturés aux principes de la gouvernance partagée. Le statut de salarié-sociétaire ou salarié-actionnaire nous intéressait. Nous sommes allées voir du côté des entreprises libérées, et bien sûr des Scop. La Scop ne bénéficie pas d’une bonne image dans le milieu industriel et patronal. La perte de pouvoir fait peur, sans patron pas de prise de décision, la vision d’une "économie de la réparation"… nous avons dû démystifier ces a priori.

Nous cherchions un modèle qui conviendrait à notre vision politique très forte : remettre toutes les parties prenantes d’une entreprise au centre de la décision, permettre aux salariés qui ont permis la construction de l’activité de bénéficier des résultats de l’entreprise, partager la responsabilité pour décupler la motivation, promouvoir l’équité… En parallèle nous envisagions aussi notre succession, comment l’entreprise allait-elle vivre après notre départ ?

C’est en rencontrant des Scop que nous nous sommes rendus compte que le modèle correspondait à notre démarche. Pourquoi réinventer un modèle alors que cette forme de gouvernance répondait à notre vision ?

Et Delta Meca est devenue la première Scop d’amorcage…

En 2014, le gouvernement en place met en place une loi ESS avec notamment la création du statut de Scop d’amorçage, qui favorise la transformation d’une société en Scop ou la transmission aux salariés. La loi prévoit sept ans pour que les salariés deviennent majoritaires au capital de la SCOP. Tout cela nous parlait, le contexte était favorable. Delta Meca s’est transformé en Scop le 22 mai 2015.

Nous avions alors 7 ans pour faire ce travail de banalisation du modèle Scop et d’accompagnement auprès des salariés, nous avons mis en place des aménagements financierS pour que chacun puisse rejoindre la Scop. 94% des salariés ont acceptés, 31 collègues sont devenus sociétaires. En parallèle, nous consolidions l’entreprise bien sûr, il faut une boîte suffisamment forte, des résultats solides pour permettre une telle opération.

En quoi la dynamique du territoire a facilité cette transformation ?

Nous nous sommes rapprochés de l’URSCOP et nous avons bénéficié d’un accompagnement du réseau. Nous avons pu travailler avec le cabinet Pennec. Tous les salariés futurs sociétaires ont été formés à l’organisation et à la gestion d’une entreprise.

France Active Pays de la Loire a été le premier à financer la SCOP d’amorçage en 2013 avec un prêt Pays de la Loire RSE. La région Pays de la Loire a également soutenu l’apport personnel des salariés pour la création de la Scop : l’apport de chaque salarié a été doublé en subvention, à hauteur de 5000 €.

Être en Scop fait la différence auprès de vos clients ?

Notre priorité reste la satisfaction de nos clients, réponde à leurs exigences et être reconnu pour notre professionnalisme. Nous nous distinguons d’autres entreprises aussi par notre organisation. Il est vrai que notre modèle encourage la bienveillance, favorise une relation commerciale de confiance. Travailler avec une Scop, c’est sortir de la logique libérale de spéculation et soutenir concrètement l’économie locale, le pouvoir d’achat des salariés…

En quoi le modèle de Scop peut répondre aux besoins de transformation de la société ?

La transformation de Delta Meca n’est pas née d’une crise mais d’une volonté d’entreprendre autrement. Nous démontrons tous les jours que l’on peut être métallo, travailler le fer et préserver des emplois dans l’industrie en France. On peut être une Scop et gagner de l’argent, maintenir sa compétitivité en défendant un modèle social. C’est un excellent moyen de valorisation des métiers manuels.

On fonctionne en commissions : gestion des déchets, horaires, investissement, transmission, habilitation du site… Les salariés s’emparent de ces sujets dans ces laboratoires d’idées, ce qui permet à chacun de s’impliquer. C’est aussi ça valoriser nos métiers : valoriser l’humain.

On pourrait aller plus loin dans les politiques publiques, dépasser les idées reçues véhiculées dans les médias. Le modèle Scop n’est pas réservé aux petites entreprises ou à celles en difficulté. Il faut aller au-delà de cette peur de perte de pouvoir que partagent le patronat et les syndicats.

Les Scop peuvent notamment répondre aux besoins de reconnaissance des salariés qui s’expriment aujourd’hui. Être salarié sociétaire, c’est toucher un salaire mais aussi des dividendes. C’est travailler dans une entreprise qui favorise l’épanouissement, dont la stabilité et le déploiement sont facilités.

La Scop c’est aussi transmettre son entreprise en garantissant la pérennité de l’activité et des emplois. La cession d’une entreprise est souvent vécue comme un déchirement. Prendre le temps de former les salariés c’est assurer une reprise sans choc pour les clients, sans risque de sabordage par des investisseurs extérieurs.

Quelles sont les prochaines étapes pour la Scop Delta Meca ?

Après la création de l’entreprise, sa transformation en Scop, l’accompagnement des salariés sociétaires, le déploiement de l’activité… aujourd’hui Delta Meca c’est 47 salariés dont 7 apprentis. 2020 marquera la fin de ce processus de transmission et l’entreprise se succèdera à elle-même !

Nous sommes en train de former deux jeunes dirigeants qui prendront notre suite. Nous lançons ensemble une nouvelle activité de chaudronnerie et c’est eux qui la développeront, c’est une belle conclusion pour nous après 12 ans d’engagement.

En savoir plus sur Delta Meca

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